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L’activité de kinésithérapeute 20.08.2018
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Jean, professeur de philosophie30.01.2009

J’enseigne dans un lycée, à Montpellier.

J’ai 43 ans et 14 années d’enseignement.

Travail

Il s’agit de donner des instruments de travail aux élèves afin qu’ils deviennent autonomes. Ces instruments: des méthodes d’analyse, de synthèse, et des textes de grands auteurs. 

Il faut les préparer aux techniques de la dissertation et de l’explication de texte. 

Mais surtout, il faut les accrocher, leur faire comprendre l’intérêt de la discipline tout en les faisant travailler. 

La grande difficulté c’est de leur faire admettre que la philosophie ce n’est pas dire ce que l’on pense mais penser ce que l’on dit. Il ne s’agit pas d’être sincère mais d’être intelligent c’est-à-dire être capable de percevoir, d’analyser la perspective à partir de laquelle ce que l’on dit a du sens ou la perspective à partir de laquelle ce que dit l’autre, celui qui ne pense pas comme moi, a du sens. Il s’agit d’apprendre à écouter l’autre, autrui, et l’autre qui est en moi. La maxime «connais-toi toi-même» présuppose ce rapport d’altérité avec soi-même. 

Il y a une discipline mais il n’y a pas de disciples. Prendre du recul, de la distance critique pour analyser les perspectives, les présupposés, les préjugés, ça demande des efforts. Il y a donc un rapport de forces, d’autorité comme pour les autres matières, à la différence, qu’en philosophie il faut en même temps libérer les esprits de l’emprise de l’idéologie dominante

Un exemple

Pour mes cours, je commence toujours par faire des analyses de notions qui sont directement liées à l’expérience concrète. 

En début d’année, je fais avec les élèves des analyses des notions de «nudité» et de «douceur», expériences universelles, du moins il faut l’espérer pour la douceur. 

D’autre part, j’essaie d’alterner les approches très structurées: cours magistral (toujours avec des échanges) avec des approches très libres: exercices pratiques que je prépare spécifiquement pour la classe à laquelle j’ai affaire. 

Par exemple, pour mes classes de SMS (sciences médicosociales) qui n’étaient pas passionnées pour la question de la religion, j’ai dû inventer un exercice qui a très bien marché. 

J’ai marqué au tableau deux notions ou plutôt deux mots dans la mesure où il n’y a de notions qu’après une analyse (de notions): le mot «croire» et le mot «valeur». D’abord définir les termes et ensuite déterminer le lien entre eux. C’est un exercice difficile mais ça devient intéressant pour eux (je devrais dire pour elles car il n’y a presque que des filles dans ces séries) à partir du moment où ils s’appuient sur un exemple concret, ce que je leur demande et ce qu’il faudra dépasser dans un deuxième temps en allant du particulier à l’universel, de la particularité de leur exemple à l’universalité. 

Les élèves m’ont donné des exemples très différents de ce qui avait beaucoup de valeur pour eux et en quoi ils croyaient: la famille, leur petit ami, l’amour, l’amitié, leur mère, le pardon, la santé… J’ai tenté à chaque fois de leur montrer qu’on retrouvait les mêmes enjeux que pour la religion: le sacré, la présence, le lien, l’engagement (la foi), la réciprocité, la reconnaissance, la communauté… Par exemple, sentir sa mère présente même si elle est absente et même plus présente que tout ce que l’on a sous les yeux, savoir qu’on peut toujours compter sur elle et réciproquement et donc sentir la force du lien, son caractère sacré (unique, irremplaçable)… 

Il s’agissait de comprendre que le fait de croire en quelque chose le fait exister ne serait-ce que sur le plan de l’imagination, que cela crée du lien et de la reconnaissance et peut-être donc du sacré. 

Ce n’est pas telle ou telle religion qui intéresse le philosophe mais le religieux et le sacré. Nous sommes parvenus à la conclusion qu’il nous fallait croire au monde pour qu’il existe et qu’il ne soit pas détruit par négligence

Éthique 

Travailler avec des groupes de jeunes est éprouvant car on est pris dans des désirs et des sentiments contradictoires. En effet, j’ai souvent le sentiment de mal faire tout en voulant bien faire. La philosophie est violente, brutale et en même temps douce, subtile. 

Comme les élèves sont pris dans des rythmes infernaux, ils sont en général fatigués, surexcités ou endormis. Il faut les réveiller, piquer leur curiosité, les faire rire et ensuite capter leurs énergies, ne pas les perdre. 

S’intéresser à tous sans tomber dans le cercle du mépris: être attentif en évitant toute fixation, toute crispation excessive sur un ou plusieurs élèves. De l’ironie, de l’humour mais pas de vexation, pas d’humiliation. Ne pas fuir les conflits et surtout dédramatiser. 

Les blocages proviennent la plupart du temps d’un manque de confiance: ils ne croient pas en eux. 

La philosophie comme expérience du doute ne séduit pas forcément les adolescents qui vivent une période de grande incertitude et qui recherchent des vérités exaltantes. Là encore, il s’agit de leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas renoncer à eux-mêmes mais se détacher (douter) de ce qui les empêche d’être eux-mêmes. Ne plus se déprécier et participer activement à la vie de la cité et à celle du monde. 

Au début de l’année, dès les premiers cours, je dis aux élèves de se méfier de moi, ce qui les étonne puisqu’en général mes collègues cherchent à gagner leur confiance, ne serait-ce qu’en leur disant que leurs élèves par le passé ont eu de bons résultats au bac ou aux concours. Ce que je veux, en fait, c’est qu’ils ne me croient pas sur parole et qu’ils m’obligent à rendre compte du sens de ce que je dis et qu’ils fassent de même avec eux-mêmes. Ils doivent comprendre et admettre que tout discours est partiel, partial et toujours orienté et que personne n’a la vérité universelle, valable pour tous. Ils doivent donc situer le point de vue de celui qui parle et se situer par rapport à lui. Ils doivent, d’autre part, se méfier de moi parce que sans le vouloir et sans m’en rendre compte, je chercherai à les influencer, à les endoctriner, à les convertir. C’est leur liberté qui est en jeu! 

Conditions de travail 

Je dois assurer 21 heures de cours avec des élèves très différents. 

Je travaille tous les jours sauf le mercredi et le samedi, ce qui me fait de grosses journées. 

Ceux qui n’ont jamais enseigné penseront peut-être que j’exagère mais faire cours exige une grande tension nerveuse pour maîtriser, à la fois, ce que l’on dit et le groupe auquel on a affaire. 

Avoir 180 élèves signifie, d’autre part, récupérer régulièrement (toutes les 5 semaines) 180 copies c’est-à-dire 60 heures de travail à la maison. Il faut aussi trouver du temps pour préparer les cours. 

Lieu 

Je travaille dans un lycée de 1200 élèves. J’ai 152 élèves en terminales et 28 en classes préparatoires. 

J’ai 120 collègues enseignants et 60 collègues non enseignants. Et forcément je ne connais pas tout le monde. 

Le lycée est situé centre-ville près du quartier arabe et ça me plaît bien. 

À l’intérieur des murs, il y a un petit parc.