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Annie, chercheur(e)16.09.2012

Chercheur(e) – Je n’arrive pas encore à habituer mon œil à ce (e). Bien que, dans mon métier et dans ma vie, je revendique ce qu’il signifie: une place reconnue pour ses valeurs avec ses différences, celle de la femme. Place qui me semblait tout à fait naturelle lors de mes études et qui ne m’a posé aucun problème d’égalité mais qui est devenue plus chère à conserver en devenant mère – maman; cela devient presque un acte (pour ne pas dire un combat) quotidien.

Chercheur(e) – Alors, chaque jour c’est se poser des questions sur ce que l’on aimerait comprendre. Et puis ensuite, pratiquement, se demander comment, avec quelles techniques, on peut répondre, quelles images de la réalité vont donner ces techniques, avec qui collaborer pour réfléchir ensemble et différemment, pour concrétiser ensemble ce que l’on «aimerait» comprendre, ou bien ce que l’on devrait comprendre.

Je travaille en écologie marine, il s’agit de comprendre comment fonctionne le milieu marin, des algues microscopiques (appelées aussi phytoplancton) aux poissons, et comment ce milieu marin réagit au jour le jour, d’année en année et sur encore plus longtemps avec ce qui l’entoure, le climat et l’homme.

Le désir de comprendre un des maillons de ce puzzle c’est aussi un engagement – comme pour un médecin qui cherche les causes d’une manifestation clinique – car peu de parcelles de l’océan aujourd’hui ne sont pas atteintes par l’homme, directement ou indirectement. Comprendre pour attester ou pas de la gravité, pour trouver quelles solutions l’océan a mis en place en réaction, pour imaginer comment l’homme pourrait dévier sa pression sur la mer afin d’en atténuer les effets négatifs sur lui-même comme sur les algues et les animaux marins.

Chercheur(e) – C’était une suite logique à mes études, continuer à apprendre, à comprendre. À l’époque, celle de mes 20 ans, je l’opposais à un autre type de métier où tout me semblait figé.

Je ne vois plus les choses ainsi maintenant, je crois que l’on peut apprendre, innover dans son travail comme dans sa vie. Ce sentiment tient à la variété des gens qui m’entourent, non-chercheurs, et qui présentent des situations très diverses de travail avec toujours cette volonté d’élargir les horizons. Alors c’est vrai, chercheur(e) c’est un peu, comme le chante Juliette Gréco, «devenir vieux sans avoir été adulte», c’est garder cette naïveté, cette envie d’apprendre et de se dire que l’on a encore toute la vie devant soi. C’est donner aux autres cette image d’éternel étudiant oubliant les contraintes de la société, les horaires, les convenances…

Pourtant chercheur(e) au jour le jour c’est aussi avoir des contraintes. Celles qui émanent de l’autorité administrative avec laquelle il faut faire. Le chercheur, c’est l’ouvrier de l’entreprise. C’est un rôle qu’il a parfois du mal à tenir, se croyant libre de ses pensées, un rôle qu’il subit d’autant plus qu’il s’imagine loin de ce monde-là.

Travailler 60 heures par semaine, payée 38 heures, pour un chercheur, ce n’est pas chose rare et il ou elle acceptera cette situation encore plus facilement qu’il considérera son rôle de guide scientifique comme une mission.

Prendre des responsabilités, diriger une équipe, rédiger des avis d’expertises et, surtout aujourd’hui, chercher des subventions pour travailler, voilà aussi toute une partie du quotidien du chercheur que je suis après une dizaine d’années d’expérience. Ce peut être motivant mais il faut garder en ligne de mire, les raisons pour lesquelles on fait ce métier, répondre aux questions fondamentales. Parfois cela devient lourd: trop de pressions qui font que le temps et l’énergie consacrés à chercher diminuent, ou bien on dérive, la course aux subventions prend le pas sur le questionnement scientifique, et on se perd.

Selon les jours, le travail peut être très différent. Mes journées habituelles se passent dans un bureau:

  • Commencer par lire mes mails et souvent procéder à un travail de relecture d’une note de recherche envoyée par un collègue.
  • Faire de la bibliographie, c’est-à-dire rechercher les articles écrits par d’autres chercheurs du monde entier, en anglais le plus souvent, qui correspondent à mes domaines de recherche (le phytoplancton, la biodiversité, les apports des rivières…). Avant j’allais à la bibliothèque, maintenant tout se fait par ordinateur. C’est très important de lire ce qu’ont fait les autres car ça aide à réfléchir, ça donne des idées et des arguments pour ses propres idées, il y en a qui sont très forts!
  • Discuter avec mes collègues de là où on en est et préparer des sorties en mer ou des expériences en laboratoire…
  • Modéliser, là c’est ma compétence première, c’est-à-dire réduire une partie du réel à des représentations mathématiques qui vont reproduire ce qui se passe, par exemple, la croissance des algues microscopiques sous l’effet de la température de l’eau, des nitrates, des phosphates. Quand ces algues sont en très grande quantité, en vrai, elles colorent l’eau en vert, en brun ou en rouge. Mais attention, il ne faut pas seulement jouer, il faut comparer le modèle à la réalité et pour cela il faut aller mesurer en mer. C’est ce que font, dans leur domaine, tous les météorologues pour prédire le temps qu’il fera demain.

Une journée en mer, c’est beaucoup plus rare – souvent au printemps car c’est à cette période que poussent les algues – mais c’est très important si on veut observer, connaître et comprendre. Parfois, je vais à pied, sur l’estran, récolter avec précaution une bouteille d’eau, une «carotte» de sédiment, poser un appareil qui enregistre la lumière, la température, la force du vent… Parfois je vais sur un petit bateau qui ne s’éloigne pas de la côte; il m’est arrivé de rester ancrée à 50m du bord pendant 12h pour mesurer la composition de l’eau à marée montante puis descendante. Parfois, et là c’est formidable, c’est une véritable mission océanographique, comme celles qui ont fait rêver des générations d’océanographes. On part nombreux pour quelques jours et à bord, c’est tout un déploiement d’instruments pour mesurer, récolter, conserver l’eau, les algues, les animaux. Chacun est affairé, le temps est limité, et tous travaillent sans compter. C’est un partage du monde de la mer entre scientifiques et marins.

Être chercheur(e) en écologie marine, c’est cohérent avec mes pensées, ce que j’estime être de bon sens dans notre société qui me semble en manquer beaucoup. C’est rassurant: pouvoir mettre son énergie et ses convictions dans son travail en accord avec sa vie hors travail. C’est œuvrer ensemble pour progresser et non avancer pour son ego. C’est éveiller l’intérêt des étudiants, passer le décodage des grandes questions scientifiques à tout un chacun.

Mais le chercheur, la chercheure, est rarement en prise directe avec le monde des décideurs, il y a un vrai décalage, temporel, sémantique, qui se traduit en objectifs chiffrés.

Un exemple: c’est un peu, beaucoup, décevant de savoir que l’agriculture traditionnelle pollue l’eau massivement en utilisant des pesticides, des engrais et que rien ne change parce que l’évidence qui nous saute aux yeux, la cause, n’est pas prise en compte par les décideurs, parce qu’elle est niée, parfois déformée. L’évidence que le climat est modifié, que le rejet de CO2 dans l’atmosphère va s’accélérant depuis les années 80, que l’océan réagit déjà, que la température a monté visiblement sur une génération, que les espèces marines changent. Nombreux sont les chercheurs qui le clament. Qui les écoute? La parole publique n’est pas notre métier, on ne sait pas faire. Certains prennent leur bâton de pèlerin mais agir sur la politique pour notre planète c’est difficile.

Voilà, je suis chercheur(e), j’y consacre une partie de ma vie mais j’ai aussi, pour remplir mes rêves, besoin de décrocher parfois et de partir, en voyage, en bateau, en famille, plusieurs mois, pour vivre différemment, avoir une autre relation avec la mer, avec le temps, avec notre monde. Et ce sont ces allers-retours entre vie terrienne de travail et vie de voyage en mer qui m’aident aussi à réfléchir sur notre façon de vivre ici aux côtés d’autres qui vivent tellement différemment. J’ai peu écrit à la première personne dans ce texte mais il faut comprendre que sous le terme chercheur(e) c’est une vision personnelle de mon métier que je vous ai présentée ici. Je n’ai pas cherché non plus, comme je le fais dans mon travail, à faire relire ce texte par d’autres chercheurs pour approcher d’une vue objective, partagée. C’est un témoignage personnel comme, il me semble, les autres témoignages sur le travail présenté sur ce site.